
" Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi,
Silvestrem tenui musam meditaris avena... "
(Tityre, toi, allongé sous le couvert d'un large hêtre,
Tu médites sur ta flûte un petit air sylvestre...)
Et l'on se plaît à rêver, au détour d'un sentier pierreux entre buissons de myrte et chêvrefeuille, de rencontrer la bergère et d'apprendre aux forêts à répéter le nom de la belle Amaryllis.
Ici, une ancienne finca adossée à la montagne et des bois tout autour, des figuiers, des caroubiers, des amandiers, des moutons par milliers ... c'est beau comme du Virgile !
Et puis là, omniprésent, à l'infini des collines, l'olivier qui prend son temps puisqu'il est immortel.
Arbre de légende....
" La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu'en sa bouche, il y avait une feuille d'olivier
toute fraîche. Alors Noé sût que les eaux avaient diminué de dessus la terre "
Don des dieux....
Giono en sera le poète, lui qui préconisait de cueillir l'olive de bonne heure, par temps de brouillard,
car l'arbre se trouve alors à la limite du réel et de l'irréel.
Van Gogh et Matisse, Cézanne et Braque ou encore Renoir, tous fascinés par
ce puissant arbre de vie, vont l'immortaliser chacun de leur manière.
Les " plus beaux du monde " seraient aux Collettes ....
" Cinq siècles d'existence, de tempêtes, d'orages, de gelées, d'élagages et d'abandons, leur ont
donné les formes les plus inattendues. Certains troncs ressemblent à des divinités barbares. Les
branches se tordent, s'enlacent en des motifs que le décorateur le plus audacieux n'oserait concevoir ....
ceux-ci ont poussé librement et s'élèvent fièrement dans le ciel. Ce sont de très grands arbres, d'une
majesté rare alliée à une légèreté aérienne. Leur feuillage argenté répand une ombre subtile .... "
(Jean Renoir -'Renoir mon père' - Gallimard)
Ceux de Monnaber Nou, bien que jeunes centenaires, ne manqueront pas de vous impressionner tout autant et le léger bruissement de leurs rameaux au clair de la lune ne pourra que vous conforter dans votre quête de silence et de paix. Monnaber Nou, c'est un peu le commencement d'un autre monde dans cette ancienne grosse ferme-manoir du 13ème siècle, placée là comme une oasis au sein de ces quelques 300 hectares, élevant son palmier comme une vigie pour guider le voyageur dans sa solitude. L'atmosphère y est diablement terrienne, sincère, sans prétention aucune si ce n'est celle de vouloir vous faire prendre conscience que les jours ont douze heures et qu'elles y sont bien douces ... (à l'instar de l'addition d'ailleurs, car dans cette bergerie vous ne risquerez pas de vous faire tondre).
Xisco (Francisco) est ici l'homme qui veille à tout, une sorte de " fils prodigue " revenu dans l'affaire familiale après voir dépensé son temps en apprenant ailleurs, et qui a bien vite compris que dans ce métier l'atout majeur reste la générosité qu'il faut faire rimer avec disponibilité, amabilité et convivialité.
Enfin, il serait vain, peut-être, de vous dire qu'un hiver à Majorque, à écouter Chopin et l'un de ses préludes sublimes " qui lui vint par une soirée de pluie ", ne pourrait être qu'un moment rare, en attendant que les amandiers en fleurs couvrent de leur grand manteau blanc cette île d'or à la beauté sauvage.





















